O beata solitudo
O sola beatitudo
( Saint-Bernard)
La fin du XI ème siècle voit un renouveau du monachisme. De nombreux ermites se retranchent du monde et s'installent dans la solitude : O beata solitudo.
Devant la nécessité de les regrouper, la création de monastères s'impose.
C'est le 12 des calendes de juin 1093 que le Vicomte de Narbonne, Aymeric II, permettait l'intallation de moines bénédictins dans ce vallon des Corbières, où coulait un torrent d'eau très froide, le Fons Frigidus.
En 1114, Géraud de Sales, a fondé l'abbaye de Grandselve (la grande forêt), puis une quinzaine d'abbayes en recommandant d'y observer la règle de Saint-Benoit, mais selon les règles des cisterciens.
Bien que créée avant Grandselve, Fontfroide fait appel à des réformateurs de cette abbaye pour faire partie de l'ordre de Cîteaux.
C'est pourquoi Fontfroide est dite : "filia ante mater", fille née avant sa mère.
En 1145, Fontfroide devient Cistercienne.
En 1157, Ermengarde, Vicomtesse de Narbonne, fait don des terres du massif de Fontfroide à l'abbaye.
La règle cistercienne de la clôture oblige les moines à pratiquer l'autarcie totale pour assurer leur survie. Ils s'installent dans des "déserts" et doivent conquérir leur espace soit en asséchant les étangs, en abattant des forêts, soit en défrichant des sols arides.
Ils se refusent à percevoir le moindre impôt, à prétendre à aucun droit seigneurial, ni de posséder de serfs.
Pour pallier les difficultés de la clôture et de l'autarcie économique sur des terres souvent incultes, les cisterciens font appel aux "frères converts" pour l'exploitation intra-muros, et pour celles de terres extra-muros : les granges.
Les converts émettent les mêmes voeux que les moines, mais, "illeterratti" (ne lisant ni ne comprenant le latin), ils ne participent pas à l'office divin.
Toutes les ressources de l'abbaye ont été particulièrement bien gérées, si bien que Fontfroide, au XII ème siècle, à la tête de 25 granges, était l'une des plus riches abbayes cisterciennes. En théorie, les granges n'étaient pas à plus d'une journée de marche de Fontfroide. Une très belle grande : Fontcalvy.
Après le passage d'un petit pont de pierres, l'entrée de Fontfroide.
Cliquez sur les photos pour les agrandir
Deux moines, nommés par le Pape, furent chargés d'enrayer l'hérésie cathare.
Fontfroide devint une référence de l'orthodoxie catholique.
Jacques Fournier, évèque de Pamiers, dirigea le tribunal de l'Inquisition lors du
procès des hérétiques du Sabarthès, à Montaillou, village de l'historien Le Roy Ladurie.
Jacques Fournier devint Pape en 1334, en Avignon, sous le nom de Benoît XII.
Le restaurant de l'abbaye de Fontfroide
et en terrasse quelques tables dans un cadre appréciable.
A proximité, ...la cave ce l'abbaye qui produit d'excellents vins :
le Deo Gratias et l'Oculus, entre autres.
La façade de l'abbaye construite vers 1777.
L'entrée se trouve à droite de la photo.
Cette entrée amène le visiteur dans la cour d'honneur.
Au fond de la cour, une arcature à trois baies surmontée d'un fronton triangulaire.
A gauche, une structure médiévale, occupée par les frères convers, puis modifiée par la création de larges fenêtres, suite à l'installation d'une hôtellerie.
La porte à gauche donne accès au refectoire.
La partie droite : un mur de gros appareil qui limite la colline
où se trouvent les jardins à l'italienne, créés par Constance de Frégose.
Sur le côté gauche de la cour d'honneur, tout de suite en entrant:
L'abbaye de Fontfroide est un exemple type de l'architecture cistercienne.
Ici, le réfectoire voûté sur croisée d'ogives.
Vue du réfectoire, avec en fond, la grande cheminée.
Sur les côtés des ouvertures créées aux XVII ème et XVIII ème siècle
donnant accès à la cour d'honneur et à la cour "Louis XIV".
Long d'un cinquante mètres, on estime qu'il contenait environ 200 frères convers.
C'est dans cette magnifique salle que sont donnés
des concerts de musique de chambre et des récitals,
particulièrement mis en valeur par l'acoustique très appréciée.
En Août 2010, Jordi Savall interprétait des oeuvres de Telemann et de Rameau.
La cour du XVIII ème siècle.
Réaménagée en 1775 sur l'emplacement d'un espace plus petit où se trouvaient les ateliers des frères convers : menuiserie, forge, boulangerie et moulin sur le torrent.
Les déblais des travaux ayant été répartis sur le sol ancien, la cour actuelle est surélevée de trente centimètres.
Le puits est au-dessus d'une citerne construite en blocs de pierres, elle-même au-dessus d'un gouffre creusé dans la roche calcaire sous-jacente
C'est de là que surgissait le font frigidus, élément vital de l'abbaye de Fontfroide, avec le bois, la pierre et la terre.
La boulangerie se trouvait à gauche de ce grand bâtiment.
Détail d'une façade orientée au sud.
On voit le travail d'érosion dû à l'action du marin qui y dépose sel et humidité.
Le cloître, entouré de galeries, est organisé autour d'un jardin où se trouve un puits en
son centre.
Auparavant, un premier cloître roman avait été construit fin XII ème siècle.
Les ouvertures étaient moins grandes , les charpentes en bois.
Fin XIII ème, au sommet de son opulence, l'abbaye reconstruit le cloître et passe du roman au gothique, du bois à la pierre.
Les colonettes romanes ont été conservées, rehaussées de tympans percés d'oculi.
Les galeries sont ouvertes sur le jardin par des arcades
soutenues par des colonettes géminées, aux chapiteaux ornés de feuillages.
On remarque les motifs floraux en haut des colonnes.
Marbres roses de Caunes-Minervois et gris-veinés des Pyrenées.
Exploitées depuis l'époque romaine au moins, les carrières de Caunes-Minervois ont fournis de très beaux marbres dont certains ornent les plus beaux monuments de Louis XIV à Napoléon : Fontainebleau, Versailles, Le Louvre, les Invalides et l'Opéra de Paris. Le marbre de Caunes Minervois décore de nombreux monuments locaux ( Abbayes, églises, etc...) . On peut visiter les carrières dont une partie est toujours en exploitation.
Les colonnes sont groupées, dans chaque galerie en cinq paires.
Dans cette galerie, on peut voir les colonnes décorant les gros piliers,
la succession des doubles colonettes et un petit banc à droite de la photo,
qui servait à la méditation des moines.On ne peut pas déambuler en permanence.
Si la tête travaille, les jambes ont droit à une pause.
Perspicaces et "fantaisistes",
les moines savaient utiliser les ressources de l'architecture
pour jouer avec les ombres et la lumière.
Un spectacle en "noir et blanc" changeant en fonction des moments de la journée
et des saisons devait divertir et emerveiller, peut-être, le moine en méditation.
Se dessinent sur le sol les ombres des colonnes et du tympan percé des trois oculi.
LE JARDIN DU CLOITRE
Quelques vues supplémentaires des colonnes géminées et leurs décorations florales.
On y remarque bien les différents marbres utilisés, ainsi que les motifs floraux.
A gauche, un autre genre de colonne, végétale, cette fois.
La salle capitulaire ou salle du chapitre
C'est dans cette salle que les moines se confessaient. En fin de chapitre, avait lieu l'énoncé des "coulpes", des manquements à la règle.
Selon la gravité des fautes avouées, l'abbé imposait des punitions, souvent légères.
Les "coulpables" pouvaient se faire sermonner,
se faire "chapitrer".
A remarquer la finesse des quatres colonnes supportant les ogives
Les spécialistes décrivent ainsi :
" ogives toriques faites de longs claveaux pénétrants dans l'épaisseur de la voûte et retombant en fuseaux entre les doubleaux carrés en plein cintre surbaissé" . Normalement tout y est. A chacun de retrouver les claveaux, les doubleaux, etc...
Les feuilles sculptées en haut des colonnes représentes des feuilles plates des roseaux des étangs de Bourgogne, des citels. D'où le nom de Citeau.
Deux bancs de pierre tout autour de la salle, accolés aux murs.
Là aussi on peut admirer la finesse des colonnes.
Dans cette salle, chaque matin les moines chantent "prime".
Puis un "capitula" est lu. C'est un chapitre de la règle de Saint-Benoit.
C'est aussi là, que le père abbé organise la répartition des travaux dans la journée et le dimanche, il y prononce un sermon. C'est là aussi que se tiennent des assemblées pour prendre en commun et à l'unanimité,
les décisions importantes mettant en jeu l'avenir de l'abbaye.
Colonne d'angle du capitulaire
Vue d'ensemble de la galerie jouxtant le capitulaire, à gauche.
Un bas-relief
Les galeries du cloître avec le jardin,
les suites de colonnes gémelées rehaussées de leur tympan percé d'oculi
et un peu occupé de végétation
photo : Patrick Mercier
Les galeries du cloître, le jardin et son puits.
On voit bien les colonnes romanes
posées sur des soubassements peu raffinés
et les tympans gothiques,plus élégants,
témoins des deux périodes principales de la vie de l'abbaye.
photo Patrick Mercier
Le jardin du cloître donnant sur le chevet et son clocher.
photo : Patrick Mercier
Cette grande salle de grès rose abritait le dortoir des frères convers.
Lors de la période d'opulence de l'abbaye,des ouvertures supplémentaires ont été créées,
en particulier une fenêtre avec balcon (porte en bois à droite)taillée dans l'épaisseur du mur. Cette voûte, sans aucun doubleau, s'est rebellée et a choisi de s'effondrer.
De ce balcon ne subsiste plus que la porte en bois, à droite.
Les vitraux ne sont pas d'origine. Ils proviennent de la cathédrale de Reims.
En effet, suite aux démolitions causées par les bombardements
durant la première guerre mondiale, les vitraux ont été détruits.
Ce sont des petits morceaux qui ont été regroupés "façon puzzle"
et assemblés dans ces ouvertures
On se dirige vers la sortie et à gauche ...
.... on aperçoit une autre fontaine
L'Abbaye de Fontfroide est propriété privée depuis 1903. Sa roseraie comporte plus de 3000 rosiers.
L'Abbaye est ouverte au public de Janvier à Octobre.
pour en savoir un peu plus sur l'Abbaye de Fontfroide
Cet article est en cours de construction. Patience, patience. Il manque toute la partie des jardins, la roseraie, l'église, la chapelle des étrangers, etc ...