Il était une fois, la tectonique des plaques. L'Amérique se sépare de l'Europe au Jurassique, il y a plus de 200 millions d'années. Tout d'abord, la plaque américaine entraîne avec elle la plaque Ibérique. A sa place, des sédiments marins vont s'entasser pendant 125 millions d'années.
Mais, "soudain", au crétacé (-75 millions d'années), la plaque Ibérique refuse de continuer le voyage vers l'ouest et revient à la vitesse de 1 cm par an. Dix millions d'années plus tard, poussée par la plaque Africaine, elle remonte vers le nord et construit peu à peu les Pyrénées. Nous sommes au début du Paléogène, ère tertiaire.
Dans la région, tout est chamboulé. Un "habitant" ancien, le plateau de Mouthoumet, qui date de l'ère primaire résiste et bloque la poussée. C'est alors que le mille-feuilles sédimentaire marin du Crétacé se plisse et forme le synclinal Coustouges-Talairan.
Merci aux "Balades de l'Indépendant" pour les informations géologiques de "Sortir" du 17 mai 2013
Albas, village remarquable, se trouve au sud-ouest de Narbonne, entre Lagrasse et Durban des Corbières, au pied du Mont Tauch. Ses alentours proposent des paysages tourmentés dont le fameux géosynclinal d'Albas, Des œufs de dinosaures y ont été trouvés, côtoyant de nombreux fossiles.
Nous voici devant "le menu" du jour.
Heureusement le soleil a bien voulu nous honorer de sa rare présence.
Profitons-en.
Passons par la Rue de l'Ormeau en suivant les balisages jaunes.
Les feuilles argentées des peupliers ont inspiré les romains qui appelèrent l'oppidum Albares, situé sur le Roc de Carla.
Dès le IV ème siècle avant notre ère, le fer était extrait des terres d'Albas.
Dans un acte de 963 concernant la donation du village voisin de Fontjoncouse à Aymeric, archevêque de Narbonne, on trouve pour la première fois écrite la mention VILLA ALBARES.
Comme dans de nombreux villages des Corbières, l'extraction du fer était fréquente. En témoigne une autre mention du nom d'Albas, au XIII ème siècle, lorsque Aymeric, Vicomte de Narbonne redevient le seigneur du Castrum d'Albaribus Ferrerirum, soit Albas les Ferrières.
Jusqu'au XIX ème siècle, Albas produisait le colorant vermillon, extrait des chênes-nains ainsi que du charbon. Depuis le moyen-âge, le fer est extrait à fleur de roche, d'où le nom ferrières. Au XX ème siècle, les mines sont abandonnées. Les galeries existent toujours, mais très discrètes. On dit que certains les visitent encore ?
Du marbre rose ( comme, à Caunes-Minervois) était extrait d'une carrière, sur la route de Cascastel, près du village.
Nous avons traversé ces terres rouges, arides et rongées. Puis soudain, sur la gauche en contrebas, une surprise ....
Approchons-nous.
Dans cette étendue de rochers, de terre et de végétation rabougrie, soudain, un ruisseau qui se faufile à travers les strates sédimentaires, emplissant ici ou là les cavités naturelles,
Sur la gauche, ce rocher ne serait-il pas en marbre ?
Nous prenons le temps d'admirer cet endroit.
Faisons le tour, pour voir ce que ça donne.
En amont, une espèce de genêts en fleur profite des bontés de notre ruisseau.
Prenons un peu de hauteur.
La nature sait parfois revêtir ses plus beaux atours pour nos enchanter.
Vous reprendrez bien une part de mille-feuilles, tout frais ! A peine 150 millions d'années.
Amis du sédiment, du fossile et du piolet, c'est pour vous.
Synclinal, géo-synclinal ?
Où en sommes-nous ?
En tout cas, avec un peu d'imagination, un fabuleux voyage dans les temps très anciens.
La montée de la serre de l'Azeu.
Gros plan sur l'empilement des strates.
Sommes-nous en fin de Crétacé ou en plein Eocène ?
Quand Hélios et Éole jouent avec l'Aquatique,
sous la surveillance de cette roche rose, emblématique du site.
Le chemin s'élève allègrement.
Et là, une autre merveille.
Il se pourrait que nous quittions le Crétacé pour entamer
avec enthousiasme le Paléogène qui signifie "naissance ancienne".
A cette époque, les continents ont presque leur aspect actuel.
Pour faire connaissance avec Paléogène, cliquez ici
Sur cette plateforme calcaire, les plantes ne craignent ni le vent, ni le soleil, ni la sécheresse. Braves petites !
Des fleurs typiques de ce biotope pour le moins inhospitalier.
Abandonnons la sécheresse, l'aridité, le caillou, l'herbe drue et rare.
Notre chemin nous entraîne sous les frondaisons, la verdure abondante, l'ombre rafraîchissante. Une ambiance particulière nous accompagne dans notre balade catharo-crétacique.
Les arbres s'écartent, laissent la place à un espace dégagé, agrémenté du jaune de genêts en fleurs.
Dans l'arbre à droite, un rossignol nous a accordé le plaisir de l'entendre vocaliser en toute quiétude, sans se soucier du groupe d'humains attentifs à son chant.
La nature offre avec abondance ses bouquets jaunes et odorants tout au long du chemin.
C'est toujours la fête, ici. Et encore, il faut y ajouter les parfums et les chants des oiseaux.
C'est l'avantage de la balade réelle.
Ah ! Changement de décors. Nous sommes dans les mauves.En fond, des bouquets de cistes.
Le jaune reprend l'avantage,et de quelle manière !
Nous sommes début mai, et "grâce" aux pluies fréquentes de ces dernières semaines, la nature prolonge son spectacle.
Le son d'un clapotis léger attire mon attention.
Caché sous les herbes, un ru glisse le long de la pente.
Salut à toi ! Oh, ru au cours secret ......
Revenons sur la gauche du chemin. Nous nous interrogeons sur la dénomination de cette espèce ? Que d'inconnues !
Non, non, pas d'hallucination. Au fond de ce vallon, il ne s'agit pas d'une rivière jaune, mais bien d'une multitude de fleurs.
Quand on pense à l'aridité des paysages traversés auparavant, sur l'autre versant ....
Nous continuons de contourner une colline et ....
.... Clapotis de nouveau, dans un autre décor, plus caillouteux, cette fois
Un peu plus bas, on peut descendre dans le lit de ce cours d'eau qui traverse hardiment un espace rocheux.
Belle roche!
Plus on est de fous, plus on clapote !
Un ruisseau rejoint un autre ruisseau pour se raconter des histoires d 'O !
Un chemin à main droite, nous emmène vers cet ancien moulin, au bord du ruisseau.
Le sentier se rétrécit, remonte de nouveau.
Sur un tapis de feuilles, l'image rituelle de l'arbre tourmenté.
Les alignements rocheux et le village d'Albas se rappellent à notre bon souvenir.
D'un peu plus près.
Pour le plaisir ....
Tout, ou presque, est rouge. Planète Mars ?
Des petits pieds de romarin s'échinent à subsister dans la rocaille.
C'est quand même extraordinaire !
Tête de serpent inclinée vers les promeneurs.
Nous sommes presque à la fin de la randonnée.
Les conifères partent à l'assaut de la serre.
Parmi tant d'autres, ce bloc regarde vers le ciel ......
SPour terminer, les informations géologiques affichées, nous permettent de revoir la longue histoire de la création des merveilles d'Albas.
eCourant 2013, des panneaux didactiques sur la fabuleuse géologie seront implantés le long du sentier.
En cherchant bien, on peut trouver trace de récifs coralliens, des calcaires lacustres du Thanétien !
Le Thanétien est compris entre -59 et -55 millions d'années, environ. C'est la dernière époque du paléocène, premier système de l'ère cénozoïque (Tertiaire).
La fin du Thanétien est marqué par la crise climatique de la fin du paléocène.
Amis des sciences, amateur des profondeurs géologiques, fouilleurs de terres rouges, promeneurs curieux, c'est tout pour cette fois.
N'oubliez pas :
- La balade virtuelle : oui.
- Mais la balade sur place, c'est tellement mieux.
A bientôt.